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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 18:40

 

IMG 5727 (2)En son temps, Marguerite Duras dans « La vie matérielle », s'entretenait de son alcoolisme de manière subtile, vraie, bouleversante, presque une incitation, un pardon. Benoît Schmider, qui est descendu de son enfer, lui aussi se confesse et, cherche l'absolution, avec des flots d'humour et une ingénuité rare.

 

Dur dur pour un enfant surdoué de la pub, d'admettre sa déchéance, de la décrire cash, sans filtre, sinon celui de l'ironie, de montrer où elle l'a mené, les pays qu'elle lui a fait traverser pour y échapper et son refus, in fine, de se cacher.

 

La publicité et l'alcool, une addition salée

 

Son postulat ? L'alcool qui coule à flot et en notes de frais, ne coûte rien, si ce n'est le premier pas. La festive publicité, en abreuve ses dévots : inévitables déjeuners d'affaires, célébrations de toutes sortes, pots d'arrivée, de départ, anniversaires, remises de prix, tout se met en place pour conforter celui qui croit qu'il est un con parce qu'il ne boit pas. On en arrive au « Binge Drinking », cette alcoolisation à outrance qui frappe les jeunes, stressés dans leurs grandes écoles ou leur fac, et largement arrosés par les amis Ricard, Kronenbourg et autres Johnny Walker. On les a pourtant prévenus, loi Veil, loi Sapin même combat : l'alcool nuit gravement à la santé. C'est même la pire des drogue, elle dépasse l'héroïne selon une étude publiée dans The Lancet et rélègue le LSD au rang de « drogounette ». Benoît n'en a cure : se murger, ça désinhibe, ça rend joyeux et quelquefois même ça permet de baiser en oubliant son préservatif. Vertigineux.

 

Des bouchons sur la route du succès

 

Benoît Schmider, lui, il y va à fond les ballons, fait sauter les bouchons, déguste du Saint Estèphe, du Ruinart, s'envoie de la vodka, biberonne en un mot. Comme un bébé précipité dans la vie, il est fragile. Il reçoit les honneurs de Stratégies ou de CB News ou des Echos, du Festival de Cannes de la pub, de ses pairs et surtout, atteint les plus hautes responsabilités quand il est nommé vice-président en charge de la création d'une grosse agence. Il est titré comme un grand cru, palmé, primé, récompensé. Il fait péter l'Infinity* professionnelle en toute occasion, il conduit avec « 2 grammes d'alcool dans le sang », il défonce sa voiture de fonction : 3 000 euros qu'alignera le directeur financier. Benoît ne peut plus travailler, les mauvaises langues, bien souvent ses ex-lèche cul, soutiendront qu'il est devenu imbuvable. « Il est bien loin le futur Séguéla », assène-t-il, lucide.

 

 

La petite eau

D'ailleurs, il doit quitter son poste, il s'exile au Japon mais il est repris par ses démons, puis c'est l'Ukraine et sa redoutable « Petite eau **». Incapable de relancer sa carrière à l'étranger, il rentre à Paris. Il ajoute à sa collection de substances, les anti dépresseurs et les tranquillisants. Veut en finir. Il choisit « le cocktail Dalida ». Là, il débouche le Rivotril, le Tercian et la Méprozinine, et deux bouteilles de St Emilion. Cet abus le sauve, il vomit son mélange. Son plombier le trouve inanimé et le rend à son abominable vie.

 

un café, l''addition, et un jus de blé

 

Schmider décide de régler ses comptes à l'alcool gratuit. Il consulte un sage: « Avant je voyais mon étoile, maintenant, je ne la vois plus », résume-t-il joliment , et devient un habitué des cours de développement personnel, met les mains dans la terre glaise, trouve une nouvelle copine. Désormais, il verse dans la sobriété. Pas une fois, il ne connaît le moindre état de manque : « Je ne suis pas un vrai alcoolique, dit-il, et je n'ai jamais bu le matin », c'est un signe. Cette fois la coupe reste vide et Benoît trouve sa rédemption. Il se rince au jus de blé, écrit cet « Open Bar » et affirme que sa vie désormais n'est faite que de « d''heures heureuses*** ». Cet ouvrage est un « petit livre » mais ô combien gonflé de vérités. Schmider en est content. Que le premier qui n'a jamais pris une cuite lui jette le premier verre. « Open Bar » à lire cul-sec.

 

Open Bar

Benoît Schmider

Editions Sans Filtre

La Fnac, 8 euro

 

* Carte de crédit qui autorise d'importants découverts

** Traduction française de « vodka »

*** Traduction française de « Happy Hours », ce moment où dans les bars les consommations sont moins chères

 

Copyright : Olivia van Hoegardenolivia's face

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Published by oliviavanhoegarden.over-blog.com
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