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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 01:32

Paviot.JPGJe n'avais lu qu'un roman de Christophe Paviot, « La guerre civile est déclarée » C'est glaçant, glacé, une aventure haletante, tortueuse, invraisemblable sans aucun arrière-goût de vécu, sans aucune clé autobiographique si ce n'est la ville de Rennes où se déroulent les faits, la ville de l'auteur. Paviot y manipule des protagonistes affreusement normaux, rien ne manque, ni le pavillon des parents, ni l'enfant qu'il faut conduire à la crêche, ni le travail accompli avec professionnalisme, ni l'amitié, ni l'amour, ni les potes, ni les sorties TGIF. Et pourtant l'horreur est sous-jacente à ce qui semble une petite vie sans histoire. Quelque chose de passionnant monte en puissance, on a l'œil vrillé de chapitre en chapitre, c'est du thriller, du polar, du chirurgical rubis sur l'ongle, aéré d'une plume claire, toute simple et quand ça explose pour de vrai, c'est dans un souffle à vous crever les tympans.

 

On se dit, il a du tempérament, ce Christophe Paviot, un auteur à la sensibilité exacerbée – forcément, c'est un publicitaire qui se doit d'expulser sa culpabilité de vendeur de lessive, il efface son nez de Pinocchio avec la lime de la littérature pour laquelle, il faut le dire au passage, il est sacrément doué, le bougre – tout artiste vit une torture et celui-là a l'air sacrément percuté du bulbe. On salue bien bas, on recommande aux amis, on n'arrive pas à oublier. On se dit, vivement le prochain.

 

Et le voilà qu'il arrive. « Aujourd'hui à jamais » ou « Aujourd'hui pour toujours », c'est pas clair. On met sur la porte « Ne pas déranger », on prend sur son temps de sommeil, on oublie tout agenda. Il n'y en aura que pour le nouveau Paviot. Enfin, c'est ce que moi, je me dis, c'est à lire toutes affaires cessantes. On a bien été prévenu par l'éditeur, par l'auteur, on s'embarque pour une traversée qui va nous emmener carrément ailleurs. Ailleurs que là où se rend Paviot d'habitude. Aucune guerre n'est déclarée nulle part, ce sera gai, beau, aspirationnel, il y aura de l'amour et de beaux paysages et puis du fric parce que les gens qui rament et qui radinent les fins de mois, on en a plein le dos.

 

Paviot102-copie-1.jpgEt nous voilà sur the famous East Coast, à Martha's Vineyeard, chez les Kennedy pas moins, enfin pas dans leur maison mais là où ils ont fait leur cinéma, là où le benjamin, Teddy, îvre-mort a laissé se noyer Marie-Jo Kopechné, sa secrétaire, sur le fatidique site de Chappaquidick. C'était en 1969. Je vivais non loin à l'époque. Certains touristes recueillaient dans de petites fioles, l'eau où la pauvre jeune femme avait perdu la vie. Mais Christophe Paviot n'a pas du tout l'intention de parler de ça, à peine, quelques phrases pour situer cette villégiature de milliardaires à qui ce qu'il peut arriver de pire est la mort.

 

Son héros William Baker, a été une coqueluche de Hollywood sans vraiment le vouloir. Il est devenu alcoolique, obèse et un soir s'est fracassé un pied sur une coupe de champagne, vide ou pleine, on s'en fout, le mec a le pied foutu. Il fait sa traditionnelle descente aux enfers. Il maigrit, redevient beau et cherche à se faire oublier. Bien sûr, il lui reste plein de pognon, il quitte la Californie et rallie le Massachussets, les US, c'est tellement grand, comme c'est facile de se faire oublier. Il achète une ravissante maison, dans l'île kennedyenne, la fait restaurer avec un goût inouï grâce à l'aide d'un voisin. Il se fait plein de potes alcooliques, achète un bateau. Mais juste avant, lors d'un séjour dans le plus bel hôtel du coin, il rencontre une ravissante jeune femme, Lisa, venue de New York. Elle est brune, a des yeux bleus et des taches de rousseur, rien que des trucs qui ne vont pas ensemble mais bien sûr c'est ça qui la rend exceptionnelle. Elle est aussi bien foutue et pas conne, toujours une rareté chez une femme, ce qui ne gâte rien. Evidemment, le William, il tombe amoureux, il veut épouser la belle au bout de deux jours, elle accepte en cinq minutes et le rejoint à Martha's Vineyard. Elle apporte ses t-shirts, ses jeans et ses culottes et ils se tapent des apéros à tout va : le blanc est toujours frais, le rouge toujours capiteux et la bière réservée aux hommes quand ils sont entre eux. Ces gens-là ne boivent jamais de rosé, c'est un mystère. Mais ils baisent sous les frondaisons, comme si les lits n'existaient pas. On plaint les fourmis.

 

Lisa et William font du vélo, du bateau, de la bagnole vintage. Lui, il a toujours un peu peur d'être reconnu comme vieil acteur, elle ne gagne plus un radis mais c'est pas grave. Et puis, un jour, comme ça, apparaît une petite fille, Betty, une adorable gamine. Une vie commence avec elle et se complique. Soudainement, le paradis se transforme en enfer, on se met à trembler, à craindre, à s'angoisser.

 

 

Christophe Paviot prend à la blague son nouveau style, cette intrigue à l'américaine, ces drames qui sont les seules raisons des riches d'expier leur richesse. Il nous amène lentement à force de mots et de répétitions qui fleurent bon l'atelier d'écriture, vers une conclusion ultra rapide façon éjaculation précoce. Le suspense est authentique, c'est passionnant. Cette bonne vieille Mary Higgins Clarke a du souci à se faire.

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Published by oliviavanhoegarden.over-blog.com
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