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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 10:51

Bonne à remarier 2004 La crise ? Quoi la crise ? Souriez bonnes gens, revoilà Sylvie Ohayon qui en moins de 3 ans aura réussi à publier trois romans et à réaliser un film tiré dePapa Was Not A Rolling Stone* (son premier opus)qui doit sortir bientôt. C'est qu'elle ne chôme pas, l'ancienne publicitaire qui avait hâte, envie, besoin, de nous narrer la suite des aventures de la pauvre petite fille pauvre de la Cité des 4000 à La Courneuve. Cette fois, elle se donne un prénom : Sarah, mais on sait bien que c'est Sylvie qui fait couler de sa plume des souvenirs qui la dévoilent gravement.

 

Ça commence mal. Le mari de Sarah la trompe. C'est banal mais ça lui envoie un TGV dans le buffet. C'est pas du tout son style. Déjà que son père, elle ne l'a pas connu si bien que ça, que son parâtre la battait comme plâtre, alors cocue, en plus, c'est beaucoup pour une seule femme. L'amour, le mariage, porter le nom de son mari, élever des enfants, elle pensait que ça durerait toujours. Erreur princesse, les hommes ne sont pas construits comme ça, dès qu'ils se barbent un poil avec toi, ils se mettent à inventer des réunions de travail à Pétaouchnoque, des séminaires à Marrakech, des charrettes au bureau...

 

Comme une fontaine de madeleines.

 

Conséquemment, Ben, le mari volage, est viré et les eaux montent, Sarah pleure comme une fontaine de madeleines. Elle devient rouge, rouge de honte, alors, elle se lave dix fois par jour, se frotte la peau, s'arrache les tifs et puis ne mange rien, sinon, elle pourrait aussi vomir. A l'agence de publicité, on lui jette des regards pleins de plaintes. La miséreuse de l'amour mérite toute l'attention : on veut la sortir, lui faire oublier, la recaser le plus vite possible, recycler la jalousie en gentillesse, car elle est bonne, elle est la meilleure créative de la meilleure agence de publicité, Sarah. Son salaire mirobole sur son compte en banque. Elle est précieuse pour Max, son tout puissant patron. Tant qu'elle envoie des pubs chouettes, elle peut chialer, on la respecte. Bien petit respect  dans « ce milieu qui n'a rien à apprendre des asiles de fous ». Pour ça, elle tient le coup mais la camisole se resserre, elle s'évanouit entre deux réunions puis file se jetlaguer aux States pour filmer des mannequins laqués. Elle met sur pause.

 

 

Le cul d'un citoyen comme les autres

 

Sarah a un assistant, Rémi, il est homo mais pas fiotte. Et puis un jour, elle nous confie que lui, qui n'a jamais cédé à la pénétration, s'est fait mettre par deux Portu-gay qui l'ont sali avec une bouteille de Coca. Et là, il est temps de la citer, sinon, ça serait inconvenant : « Même après avoir pleuré, supplié (…) ils lui ont enfoncé (…) la bouteille dans l'anus. » Compassionnelle, pleine de sollicitude, elle lui demande le lendemain : « Ça va ton cul ? » : Puis : « Ce n'est pas parce que tu es pédé que tu n'as pas de droits, tu es un citoyen comme les autres... Va chez les flics...» et lui, il demande, comment je vais me faire recevoir, je suis rien qu'un pédé qui a des droits comme  « un type qui se fait enculer dans une chambre d'hôtel où il se rend de son plein gré ». Oui, il pense ça Rémy, il est indéfendable. Tellement, qu'il se pend. Encore un coup dans la gueule pour Sarah, la petite Juive-Kabyle de La Courneuve qui a connu son lot de gnons. Elle s'endeuille puis elle retourne à son business lacrymal, le tribunal, le jugement qui ordonne la garde partagée avec Ben, des deux petites filles qu'elle a mises au monde dans des douleurs lucifériennes.

 

Une expédition en Belgique, sus à la rivale

 

Sarah poursuit son chemin de dégoulinage et de rougeurs, et elle se noie dans toute l'eau des yeux de sa tête, car le malheur ne la quitte pas côté perso . Elle veut souffrir jusqu'à rencontrer la sale baiseuse qui se la joue je suis l'élue du connard qui a précipité Sarah dans le gouffre du désespoir. Une espèce de femme blafarde, une pâle copie humaine, si on se colle le nez dessus, du genre qui pullule  : « La vérité c'est qu'il en est des amantes comme des cafards : quand on on en choppe un, il y en a au moins vingt qu'on n'a pas vus. » Et voilà pour les blattes. D'ailleurs, Sarah, elle veut voir de ses yeux voir, mettre le doigts dans la plaie, y retourner son canif même si elle doit encore se moucher dans son foulard Hermès. Elle se fait un Thalys jusqu'en Belgique pour affronter la pauvre tarée de nana qui lui a piqué son salopard de pauvre mec.

Vallée de larmes, rivière de diamant

Dès qu'elle la calcule, la blonde, Sarah se rassérène. C'est que la malheureuse chose ne lui arrive pas à la hauteur de ses Louboutin à Tour Effeil retournée. Ça, c'est fait. Non mais, faut pas déconner. Comme elle est venue avec sa frangine, Léa, celle-ci en profite pour lui offrir un bracelet de diamants qui vaut le bras d'une BMW noire. C'est symbolique pour dire que Sarah, c'est une fille bien : elle mérite mieux qu'une grosse déprime qui rafte dans une vallée de larmes. C'est une petite loupiote qui s'allume, les diamants, peut-être que le ciel va scintiller de nouveau. Sarah ne sait pas si elle va se remettre la tête à l'endroit, elle veut juste qu'on lui foute la paix, histoire de s'essorer dans le lave-linge du temps. Surtout pas qu'un Adam lui dise qu'elle est son Eve. Sylvie Ohayon qui n'a pas dit son dernier gros mot, ne se gêne pas pour le dire avec sa manière crue, âpre, une écriture qui nous précipite au plus profond de la femme qui se racle l'âme et le cœur.



© Olivia van Hoegarden

*Robert Laffont

Crédit photo, Corbis

 



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Published by oliviavanhoegarden.over-blog.com
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