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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 15:22

 

 

première chose087Véritable phénomène des ventes de livres, Grégoire Delacourt a fait les beaux jours de son éditeur, des libraires, de tous les point com et ravi ses lecteurs. Pas radin pour un sou, en deux ans à peine, il a offert à son public deux pépites : « L'écrivain de la famille »(1) un peu autobiographique et « La liste de mes envies »(1), une vraie fiction puisqu'il y narre les aventures de Jocelyne, une mercière d'Arras. Fiction mais crédible puisque l'homme est du Nord et sait retranscrire comme personne, les petits détails qui font vrai. Voici son troisième roman. Hep ! Là-bas, vous avez vu ? Mais oui, c'est « La première chose qu'on regarde »(1) !

 

Après Jocelyne (2) qui gagnait gros au loto, voici Arthur Dreyfuss qui gagne aux gros lolos. Ce petit veinard de garagiste, 20 ans et un caleçon plein de Schtroumphs, voit débarquer dans son crépuscule des dieux de Hollywood de la D32 dans le sens Ailly-le Haut-Clocher à Long, la « plus belle poitrine du monde ». Le décolleté n'a pas besoin de se présenter, Arthur qui à l'oeil, identifie immédiatement le 95 B de Scarlett Johansson avec plusieurs « s » comme dans Arthur Dreyfuss . Ah, salut Scarlett, quel bon vent t'amène ? Si je m'attendais.. ! Qu'est-ce qu'il y a pour ton service ? Une révision des 50 000, un graissage, tu veux que je vérifie les niveaux, la batterie ? Mais ne reste pas là, entre, qu'est-ce que je t'offre, une mousse, une ficelle picarde(3), je ne sais pas moi... Le Wonderbra ne se gêne pas et franchit le seuil d'une belle aventure qui va durer quelques six jours, pas plus. Mais à ce stade, ni Arthur ni sa visiteuse pushupisée ne sont encore au courant. Alors, on les laisse baigner dans l'huile de moteur. Oh ! Pas de vulgaires allusions, ni de gestes déplacés, Arthur sait se tenir, ce n'est pas parce qu'une pin-up over bustée is lost in translation (4) à des milliers de kilomètres de Beverley Hills, qu'il va se conduire comme un goujat. A peine s'il tremble, s'il bégaye, hop ! les jolis bonnets effectuent une avancée définitive dans son living. La porte se referme. Ils se mettent plein de Ricorée derrière la cravate, font un lit comme on ne se couche pas et bonsoir. Arthur, relégué dans son canapé s'interroge mais ne trouve qu'une seule réponse : on ne bouscule pas une fille le premier soir, fut-elle l'une des protagonistes de « Deux sœurs pour un roi » (5). Arthur n'est pas Henry Tudor, il sait que « La grande pute » (6), n'est qu'un rôle de composition : « Il se tut car on ne domestique pas l'impossible, une fille comme Scarlett Johansson, dans l'impétuosité, l'urgence ; il faut de l'élégance, une forme de renoncement ». Et Arthur et Scarlett de renoncer et de se témoigner le plus grand respect. Pour un temps.

 

Et alors, et alors ?

 

Alors, Scarlett or not Scarlett? Grégoire Delacourt ne laisse pas longtemps son lecteur dans l'ignorance. Et puis, Arthur a déjà tout deviné car il sait invoquer Internet et son implacable instantanéité. Evidemment Scarlett n'est pas Scarlett, mais Jeanine Foucamprez une vraie paumée, mannequin itinérant, à peine un fantasme rebondi et qui n'en peut plus qu'on la prenne pour la plus sexy des stars. Jeanine est une vraie femme, toute de nichons et d'os, un must pour plaire au gars Arthur qui se berce des poèmes de Jean Follain : « S'appuyant au bras de sa fille/Portant le poids de sa beauté/Traquée à l'abri du corset. »

 

Pfiouw, on n'est pas sorti.

 

Arthur et Jeanine ont tout pour se plaire, leurs pères dans les azimuts, leurs mères dans l'éther de la folie ou de la haine. La sœur d'Arthur s'est fait bouffer par un clebs, le beau-père de Jeanine l'a bien évidemment poussée à l'un des ces gestes qui salissent et qu'on regrette toute sa vie. Non, ils n'ont pas été vraiment aimés. Arthur s'est retrouvé une figure paternelle avec son patron, PP, Jeanine, une figure maternelle avec sa tante bibliothécaire. Ils se débattent tous les deux dans un univers d'émotions précaires. A la merci d'une remarque désobligeante. Bref, ils dansent tous les deux sur un fil. Lequel des deux va se casser la gueule le premier ?

 

Gastronomie picarde

 

Bon, l'histoire est une chose, l'écriture qui soutient ces personnages en manque, si faibles, si sensibles, si touchants, en est une autre. Elle vertébralise les rêves absurdes, soutient la fragilité des personnages, leurs espérances inouïes, les contient, les encadre. Elle dessine un décor rempli de détails qui s'égarent en digressions et reviennent en boucles humoristiques, so « private joke » pour les nostalgiques des brumes et des prétentions picardes : à Amiens « Au relais des orfèvres, le restaurant du chef Jean-Michel Descloux, ils commandèrent le menu tradition ; trente euros quand même :.. »... « En entrée, la timbale de filet de lieu à la crème de chou-fleur ; en plat, le dos de merlu rôti au beurre d'algues, tuile craquante de jambon au jus de piquillos - sorte de poivron produit à Lodosa dans le Pays basque espagnol - et enfin, le chariot de fromages de Julien Planchon OU la carte des desserts...». Mazette ! Deux fois du poisson ! On le constate, les héros de « La première chose qu'on regarde » n'ont pas la fourchette dans leur poche, néanmoins, ils ne consomment guère. De pudeurs en non-dits, qu'adviendra-t-il de leur coup de foudre ? C'est la première chose laquelle on pense.

 

 

1 : Paru chez Jean-Claude Lattès

2 : Personnage principal de « La liste de mes envies »

3 : Feuilleté au jambon et au fromage, spécialité de la région picarde

4 : « Lost in translation » film de Sofia Coppola

5 : Film de Justin Chadwick qui oppose les deux sœurs Boleyn, Catherine et Marie, l'épouse et la maîtresse d'Henri VIII d'Angleterre

6 : « The Great Prostitute », surnom de Marie Boleyn, maîtresse d'Henri VIII,

 

« La première chose qu'on regarde » de Grégoire Delacourt

263 pages

17€

Jean- Claude Lattès

 

 

Copyright : Olivia van Hoegarden

Crédit photo : Getty Image

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Published by oliviavanhoegarden.over-blog.com
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